vendredi 25 novembre 2011

A propos de l'exposition individuelle de Jaafar AKIL


LE ‘PAS’ PROTESTANT 

        Dans notre pays ou la photographie est en plein essor ces dernières années - pour s’inscrire dans le registre de la reconnaissance institutionnelle ?! - il est primordial pour un artiste photographe d’avoir une conception originale de son art et du sujet sur lequel il travaille. Le but est de pouvoir protéger, préserver et ‘respirer’ sa liberté.
       Pour Jaafar AKIL – après tant d’années de pratique et de gestion organisationnelle bien réussies dans le domaine - c’est l’idée elle-même qui est inédite ; illustrer dans ses photos exposant les ‘pas’ sous toutes leur coutures, dans la vie, dans leur quotidien, ou dans des situations qui se ressemblent – et se rassemblent - sans être toutefois
 identiques. Il obtient ainsi un résultat tout à fait singulier, en même temps qu’une relation très particulière avec ses ‘modèles’ ‘chassés’ qui ne montrent que cette partie oubliée – paradoxalement vitale - du corps humain.
        Plus important encore est ce souffle contenu dans cet exposition qui emmène le ‘Spectator’ loin de l’ennemi numéro un de l’art : l’ordinaire/banal.  
          
        Qu’il soit à Paris ou à Santiago, à Rabat, Marseille  ou à Coquimbo, le « pas » est toujours humain pour l’artiste Jaafar AKIL, dans son sens comme dans sa puissance. Il n’est limité que par des « marches » qui, paradoxalement encore une fois, ouvrent sur des « perspectives … inconnues», puisque le créateur les a traduites hors-champs.
         Les marches sont toujours à suivre. Et cette plongée omniprésente dans les photos exposées qui confisque le rêve?
         « Saisir l’instant décisif » du grand Photographe H. C. Bresson, est pour l’artiste photographe Jaafar AKIL l‘essence de l’acte photographique. D’autre part «Tu ne peux te baigner dans la même rivière deux fois » du philosophe grecque Héraclite révèle, pour lui, que tout acte créatif ne peut être qu’unique:
         Les photos exposées de l’artiste JAAFAR AKIL nous mènent ‘pas a pas’ sur des ‘rues’ et des ‘boulevards’, des ‘ruelles’ et des ‘passages’… a travers des instants décisifs et uniques :
         Décisifs, par leur contenu qui révèle l’œil attentif de l’artiste, témoin et adhèrent aux battements du cœur de ces rues et boulevards, ou l’on réclame plus de démocratie, de liberté et de justice sociale.
         Uniques, dans la mesure ou chaque photo exprime par la technicité de l’artiste un temps, un choix de regard et une focalisation spécifique a l’instant même ou cette intériorité déborde et ‘dit’ à l’autre - par des cadrages particulièrement coupants des ombres et des corps – l’essentiel de ce qui la ‘point’.
         Dans ses œuvres, Jaafar AKIL nous montre un horizon quasi absent dans des prises de ‘marches’ multiples. Des horizons souvent absents, à ne pas dépasser car gardés par des  protecteurs de limites, de frontières ou de ligne rouges - peut être jaunes quand elles sont visibles.
         La dimension socio politique si discrète dans le regard de ces œuvres artistiques est adoucie par une subtilité et une discrétion imprégnante émanant de la personnalité de l’artiste tel que je l’ai connu.

Rabat : 08/11/2011
Driss EL KORRI
Ecrivain/Critique

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